Interview in English here [ENG]

En décembre 2025, la région Île-de-France, en France, a rejoint Regions4, marquant ainsi une nouvelle étape importante dans son engagement de longue date en faveur de l’innovation et du développement durable. Avec plus de 12 millions d’habitants, l’Île-de-France forme une zone urbaine majeure autour de Paris, générant près de 30 % du PIB français, ce qui en fait le pôle économique le plus puissant d’Europe. Dans cette édition de « In Their Own Words », la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, revient sur la transition de la région vers un avenir plus moderne et durable, et sur la manière dont l’adhésion à Regions4 amplifiera l’influence et l’engagement de l’Île-de-France aux niveaux européen et international.

1. Qu’est-ce qui rend la région Île-de-France unique ?

Depuis le Brexit, l’Île-de-France est la première région métropolitaine de l’Union européenne par son poids démographique, économique et stratégique. Avec plus de 12 millions d’habitants, l’Île-de-France forme autour de Paris un ensemble urbain majeur, moteur de près de 30 % du PIB français et pôle économique le plus puissant d’Europe. Centre politique, diplomatique, culturel et scientifique de premier plan, nous accueillons de grandes institutions, des sièges mondiaux, des pôles de recherche d’excellence et le premier quartier d’affaires d’Europe continentale. Grâce à une connectivité exceptionnelle — aéroports internationaux, réseau TGV européen, infrastructures logistiques — l’Île-de-France joue un rôle central dans les échanges européens et mondiaux. Enfin, l’Île-de-France comprend des territoires très urbanisés et riches, comme Paris, mais aussi des quartiers très populaires et des territoires ruraux (75 % de la région est composée de terres agricoles, de forêts et d’espaces naturels). Le rôle de la région est de réduire les fractures entre ces territoires et ces populations pour qu’ils participent tous à la dynamique d’une région attractive. 

2. Pouvez-vous nous présenter les principales initiatives de développement durable mises en œuvre dans votre région ?

Dès mon arrivée à la tête de la Région, j’ai engagé la révolution des transports : un réseau de transports en commun plus moderne et plus dense, qui offre une alternative crédible, fiable et propre à la voiture individuelle. Résultat, nous sommes aujourd’hui la seule région de France à avoir nettement fait reculer son trafic routier. Et cette baisse du trafic se traduit mécaniquement par une baisse significative des émissions. Nous avons aussi repensé nos logiques d’aménagement en mettant en place des règles claires : arrêter l’étalement urbain, préserver nos terres agricoles et rénover plutôt que construire toujours plus loin. Cette stratégie permet de réduire à la source les émissions associées au bâti et aux déplacements. Au total, les émissions de gaz à effet de serre ont reculé de 35 % en Île-de-France sur la période 2010–2022, et les particules fines PM2.5 de 43 %. C’est beaucoup et nous pouvons en être fiers. 

Nous nous sommes également appuyés sur ce qui fait la singularité de notre territoire : la présence de nombreux aquifères profonds naturellement chauds, dont le potentiel géothermique est exceptionnel. L’Île-de-France est ainsi devenue le premier bassin mondial, en termes de densité, de géothermie urbaine. Des dizaines de réseaux de chaleur fournissent une énergie propre, locale, qui remplace durablement les importations de gaz. Un million de franciliens y sont connectés. Et nous avons accompagné, depuis 2016, plus de trois cents projets pour y parvenir. En 2022, nous avons lancé un grand plan pour l’adaptation du territoire francilien au changement climatique afin d’agir au plus près des réalités locales de notre région. Il nous permet ainsi de protéger non seulement les écosystèmes, la biodiversité mais aussi les Franciliens les plus fragiles et notre tissu économique. Depuis 2016, la Région Île-de-France a planté près de 1,5 million d’arbres, a acquis près de 800 ha d’espaces verts qui viennent s’ajouter aux 15 000 ha gérés par Ile-de-France Nature, notre opérateur régional chargé de la protection, de la gestion et de la valorisation des espaces naturels, agricoles et forestiers. Nous encourageons enfin la transformation de nos entreprises, et soutenons la décarbonation de notre industrie. 

En 2026, nous continuerons à décarboner et à préparer notre région au réchauffement climatique, et nous poursuivrons la baisse nos émissions de carbone avec l’objectif ambitieux réduire d’un quart nos émissions liées au transport d’ici 2030. Avec près de 60 % des dépenses d’investissement favorables et très favorables à l’atténuation du changement climatique, nous nous donnons les moyens de nos ambitions. 

Dans chaque politique – climat, biodiversité, économie circulaire – nous partons d’une règle simple: co-construire avec les acteurs locaux pour que les solutions soient adaptées et réellement mises en œuvre sur le terrain.

3. Comment votre gouvernement régional collabore-t-il avec les communautés locales et les parties prenantes pour concevoir et mettre en œuvre des politiques de développement durable ?

Très concrètement, nous travaillons main dans la main avec les territoires. Par exemple, pour nos politiques d’économie circulaire, nous animons avec l’Institut Paris Region une communauté qui réunit des collectivités, des associations et des entreprises afin de construire ensemble des solutions opérationnelles. C’est ce travail collectif qui a permis de lancer des projets locaux financés par la Région et par l’Europe, notamment via des appels à projets dédiés à l’accompagnement au changement de pratiques. 

Autre exemple : sur la biodiversité, nous nous appuyons sur l’Agence régionale de la biodiversité qui fédère les acteurs publics et privés pour accompagner les communes dans la restauration de leurs continuités écologiques. Là encore, ce sont les territoires qui définissent leurs priorités, et la Région qui apporte l’ingénierie et les financements. Île-de-France Nature travaille aussi directement avec les communes, les intercommunalités, les agriculteurs et les associations locales pour préserver les espaces ouverts, développer des projets de renaturation, ouvrir des sites au public et concilier protection de la biodiversité et usages locaux. C’est un outil très opérationnel de partenariat avec les territoires, qui permet de traduire concrètement nos objectifs environnementaux sur le terrain. 

Enfin, sur le climat, nous avons fait le choix de nous appuyer sur la science en créant le GREC, le Groupe régional d’expertise sur le changement climatique. Ce réseau pluridisciplinaire de chercheurs et de praticiens, soutenu par la Région, les universités et plusieurs collectivités, permet de mettre à disposition des décideurs publics des diagnostics régionaux et des connaissances scientifiques actualisées. Le GREC joue un rôle clé d’interface entre science et décision publique, en aidant les collectivités à fonder leurs stratégies climatiques et environnementales sur des données robustes, tout en favorisant le dialogue entre chercheurs et acteurs de terrain. Dans chaque politique – climat, biodiversité, économie circulaire – nous partons d’une règle simple : co-construire avec les acteurs locaux pour que les solutions soient adaptées et réellement mises en œuvre sur le terrain. 

4. Quelles sont vos attentes en rejoignant Regions4 ?

Dans cette période de coupes budgétaires au niveau national, nombreuses sont les régions françaises qui ont décidé de reprendre le flambeau de la transition écologique. C’est résolument le cas de l’Île-de-France. Nous en devenons ainsi les premiers acteurs par nos politiques d’investissement. 

En rejoignant Regions4, l’Ile de France souhaite que le rôle des régions en matière de développement durable soit pleinement reconnu, et que nos actions soient soutenues et renforcées au niveau européen et international. Les moyens financiers et institutionnels mis à disposition des régions doivent être amplifiés afin de nous permettre de conduire les actions nécessaires pour répondre à l’urgence climatique et enrayer l’effondrement de la biodiversité. En adhérant en Regions4, nous porterons ensemble ce message. 

5. Y a-t-il des domaines spécifiques de Regions4 dans lesquels vous voyez des opportunités immédiates de collaboration ? 

Oui, très clairement. En premier lieu, l’adaptation au changement climatique dans les grandes régions urbaines. Les métropoles concentrent population, infrastructures critiques et vulnérabilités climatiques. Canicules, inondations, stress hydrique, vieillissement de la population : ces défis sont partagés. L’Île-de-France a engagé des politiques structurantes de renaturation, de désimperméabilisation, de gestion de l’eau et de protection contre les risques climatiques, et souhaite confronter ces approches à celles d’autres régions confrontées à des aléas similaires Ensuite, la décarbonation de la chaleur, notamment via les réseaux de chaleur, la récupération de chaleur, la géothermie urbaine, l’efficacité énergétique des bâtiments et la planification progressive du gaz fossile. 

Enfin, la coopération interrégionale comme levier pour dépasser les blocages internationaux. Regions4 est précisément l’espace où les régions peuvent agir ensemble là où les États peinent parfois à coopérer pleinement, en construisant des coalitions opérationnelles, comparables à celles que nous avions déjà engagées avec l’Attique, Madrid, Bruxelles ou Lisbonne. 

Ma conviction est que les régions peuvent faire ce que les États n’arrivent pas toujours à faire. C’est là tout le sens de notre adhésion à la grande coalition mondiale des régions engagées pour le climat, la biodiversité et le développement durable qu’est Regions4, à laquelle nous sommes fiers d’appartenir.

6. Quelles connaissances ou expériences espérez-vous partager avec les autres membres de Regions4 ?

L’Île-de-France souhaite partager des retours d’expérience éprouvés, fondés sur des politiques publiques mises en œuvre à grande échelle dans une région dense et économiquement attractive. Nous sommes particulièrement intéressés par des retours sur l’économie circulaire, la gestion de l’eau et la lutte contre les îlots de chaleur urbain. Nous pouvons, de notre côté, apporter une expérience solide en matière de mobilités durables, fondée sur l’investissement plutôt que la contrainte : modernisation massive des transports collectifs, électrification, tarification incitative, nouvelles lignes ferroviaires, vélo et alternatives crédibles à la voiture individuelle. Nous pourrons également témoigner de notre approche pragmatique de la sobriété foncière, avec un objectif de Zéro Artificialisation Nette fixé volontairement, afin de concilier développement économique et préservation des ressources. 

Enfin, nous pourrons témoigner de notre méthode de pilotage, fondée sur des indicateurs mesurables. Par ailleurs, la Région s’est dotée en 2024 d’un budget vert, un outil simple et transparent qui permet de mesurer l’impact environnemental de ses choix budgétaires. Cet exercice montre que plus de la moitié des investissements régionaux – 58 % précisément – contribuent directement et positivement à la lutte contre le changement climatique. 

7. Comment comptez-vous tirer parti de votre adhésion à Regions4 pour accroître la visibilité et l’influence de votre région sur la scène mondiale ?

J’ai la conviction qu’ensemble, on va plus loin. C’est en unissant nos forces que nous pouvons espérer atteindre des tailles critiques pour influer sur les grands équilibres. Nous avons ainsi signé une déclaration d’intention commune avec plusieurs partenaires européens pour le climat : avec le gouverneur de l’Attique, avec le Gouvernement de la Région de Bruxelles- Capitale, avec la Présidente de la Communauté autonome de Madrid, avec l’Aire métropolitaine de Lisbonne. La Région de la Haute-Autriche s’est également engagée. La Basse-Autriche également. Concrètement, nous comparons la mise en œuvre de nos plans d’adaptation au changement climatique pour identifier ce qui marche le mieux et nous coordonnons nos efforts pour trouver des financements auprès des institutions internationales et européennes. Ma conviction est que les régions peuvent faire ce que les États n’arrivent pas toujours à faire. C’est là tout le sens de notre adhésion à la grande coalition mondiale des régions engagées pour le climat, la biodiversité et le développement durable qu’est Regions4, à laquelle nous sommes fiers d’appartenir. 


Site web de la région Île-de-France : www.iledefrance.fr
L’Île-de-France a rejoint Regions4 : www.iledefrance.fr/toutes-les-actualites/climat-la-region-ile-de-france-rejoint-le-reseau-regions4